
Plusieurs possibilités s’étaient ouvertes devant moi. J’avais consacré les dernières années à m’investir dans différents projets qui aboutissaient gentiment. Par projet, j’entends principalement études, même si mes quelques mois à l’armée avaient fait émerger des nouvelles idées. Un bachelor et un master 1 en philosophie en poche ainsi qu’un brevet d’avocat me permettaient de naviguer entre nombreuses professions. Des tafs. Il n’y avait plus qu’à choisir. C’est là que ça se complique. Choisir. C’est plus facile quand on n’a pas de choix. On peut se rapporter au fatalisme. Il y a l’avantage de dire « c’est comme ça ».
L’étude d’avocats dans laquelle j’effectuais mes 18 mois de stage obligatoires m’avait proposé de m’engager en tant que collaborateur après l’obtention de mon brevet. Déjà, le dilemme. Je voulais voyager, moi. Voir le monde. Profiter un peu de ma jeunesse, bien que jaunissante, pour me confronter à la réalité. Survivre des dans auberges de jeunesses, cesser de m’émerveiller sur une plage déjà vu des dizaines de foi. Faire des connaissances, bonnes et mauvaises. Perdre des affaires et être perdu, moi-même , puis retrouver, aider et être aider. Avoir des trucs à raconter. Et puis, il y a l’argent, la maille, la moula, le cash. Les assurances, le loyer, la matière inutile mais dont on s’entoure, pourtant. La sécurité, aussi. Chaque mois les ronds qui tombent comme la bouffée d’air après un concours d’apnée. Et plus on plonge, plus on a besoin d’air quand on remonte. Il y avait ma compagne également, avec qui je vivais depuis quelques années, avec qui tout se passait bien et que je n’avais pas envie de perdre. Je m’étais habitué à un certain style de vie. Et puis, le travail était interessant, faut le dire. Sans être un passionné du droit, la profession offrait malgré tout de la variété, de l’intensité, des problématiques à résoudre et des avantages indéniables. L’équipe était parfaite, je m’entendais bien avec tout le monde. Une très bonne ambiance de travail. Tellement bonne que je voyais même mes collègues en-dehors du travail, c’est dire …
La sécurité m’a séduit et a eu ma peau. Mon barreau en poche, j’ai commencé à travailler. Enfin, j’ai re-commencé. Ce n’était pas un commencement, c’était un retour. Un déjà-vu. Un autre statut mais un étrange sentiment de stagnation. Et toujours ce petit courant chaud dans le ventre quand je pensais à mon voyage désiré et avorté.
Jour après jour, ce petit courant se nourrissait de mes rêveries au point d’en devenir un torrent. Ce sera donc ça mes prochaines 40 années ? Heures d’ouverture lu-ve 8h-12h 14h-18h. Fermé 5 semaines/an (22 jours en réalité). C’est le travail mon gars. Ce sentiment de gâché quelque chose croissait en moi. Inéluctable.
Il y a eu 6 semaines de pause que j’avais quand même négociées avec mon employeur. 6 semaines entre juillet et août. Enfin, de « pause » entre guillemets car mes mails continuaient à se télécharger dans mon téléphone et ma curiosité (et mon professionnalisme ?) me forçait à les consulter – au cas où on découvrait que j’étais indispensable! Peut-être était-ce cela que je tenais à vérifier ? – Bref, 6 semaines à l’autre bout de la planète pour déconnecter, recharger les batteries, et repartir pour les 10-15-20 prochaines années sans pause mensuelle. Sans surprise, ces 6 semaines m’ont conforté dans l’idée qu’il fallait que je m’évade, maintenant, avant de prendre perpet’ en regrettant de ne pas avoir eu ce qu’il fallait pour réaliser mon projet.
Nous voilà donc aujourd’hui dans l’incipit de mon projet, dont je n’ai pour le moment, qu’une idée bien trouble…
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