Poésies et Fragments 2017/2018

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Deux ans après m’être fracassé la gueule à vélo sur les rails de tram, laissant mon coude dans l’état d’un poireau âgé, je m’envolai avec mon frère et ma sœur pour Salt Lake City. J’avais oublié mon carnet pour écrire. J’en ai donc acheté un. Avec des corbeaux sur le devant, sans raison particulière. Petit détail: j’avais arrêté de fumer.

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J’entends le son des vaguelettes du lac qui viennent mourir en face de moi. Les moustiques me piquent par dizaines. Des dizaines d’oiseaux se laissent porter sur la berge. Le ciel est rose et les monts rougissent. Les arbres brûlent du dernier rayon de soleil.

Il a disparu.

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C’est intétressant d’attendre. La patience est une vertu et c’est peut-être celle que j’ai le plus travaillé ces vacances.

Attendre les vacances.

Attendre l’embraquement.

Attendre le départ.

Attendre les valises perdues.

Attendre les animaux.

Attendre.

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J’aurais voulu être un cow-boy. Découvrir des plaines vides et pleines.

Me coucher avec le soleil et me reveiller avec ses rayons.

Je vis en 2017. Je suis en voiture.

Bien loin d’être un cow-boy, je suis un touriste.

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Ici, les paysages sont si variés qu’il me serait difficile de tous les décrire. Un qui me plaît est le canyon. Depuis la route, on surplombe de grandes parois rocheuses de plusieurs dizaines de mètres. Une rivière creuse son fond et s’étend à perte de vue. Peut-être que si je marche jusqu’au bout, j’arriverai au paradis ?

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À Yellowstone, on chasse les animaux.

Non pas avec des armes, mais avec des appareils photos. On veut pouvoir prouver ce qu’on a vu. Je n’aime pas ça. Chasser les animaux ne m’intéresse pas. Si je les vois, je suis content. Mais la traque à la vue m’ennuie profondément.

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Lamartine écrivait « Le spectacle est dans le spectateur ». Et si la vie n’était en fait que notre propre création émotionnelle ? Tout ce qui nous entoure n’est que notre propre extension. Tout vient d’une création; de notre propre création. Nous sommes tous Dieu.

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« Lorsque l’enfant était enfant, il apprenait à jouer avec le monde,

Lorsque l’enfant était enfant, il avait le regard de l’animal,

Lorsque l’enfant était enfant, il parlait toutes les langues,

Lorsque l’enfant était enfant, il avait envie de devenir grand,

Depuis que l’enfant est devenu grand, il cherche à retrouver l’enfant. »

Toi aussi ? toi aussi tu t’es perdu ?

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Toute ma vie n’a été qu’une succession de charmes. Heureuses sont les
Proies tombées. Je n’en crois rien.

Un vide existentiel me pousse à essayer de remplir
Une existence vide.
Vide de sens, et pourtant débordante d’émotions incontrôlables.

Je parle car je charme
Et charmer me remplit d’importance.

Or, l’éphémère me rattrape. Rien n’est stable si ce n’est ma noirceur.
Je me trouve des objectifs,
Des vide-têtes pour m’occuper.

Mais je ne m’occupe pas de moi,
J’occupe du vide avec de l’air.

Rien n’est palpable. Alors, je saute en imaginaire du pont.
Je pense aux gens qui resteraient pour parler de moi.

Je charmerais enfin par ma mort.

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Distance aux choses.
Chaos dans un coeur rempli.
L’envie de créer pour tracer une goutte de pluie qui sera séchée.

Un trajet d’une chute, un arrêt, une similitude
Dans la ligne, dans la matière.
Distance dans l’existence.

Petit berceau de chaleur, un va-et-vient constant,
Une lancée.

Quelque chose brûle.
Et s’en va.
Braises chaudes redonnent le feu.

Un espace, un endroit, un vide rempli.
Une sorte de libération.
J’ai envie de créer.

As-tu déjà créé ?

J’ai donné vie.
Non pas une respiration.
Ni même un coeur.

Je donne tous les jours vie à des sensations.

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Le concept humain de la Création.
Nous avons créé pour détruire.

Dieu est morte.
C’est ce qu’Elle voulait, c’est ce que nous voulions.

Une suspension. Une quiétude.
Cela s’arrête.
Nous avons perdu l’envie.

Et tout s’en va.

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