Un clochard, comme il en existe plein. Mais un jeune. Trente ans max. Avec un chariot d’un supermarché, détourné en maison à roulettes dans lequel est empaquetée une vie de matière. À terre, recroquevillé. Sale, aussi. Surtout.
La foule qui passe à côté, en prenant bien garde de ne pas le regarder. Le eye contact peut être fatal. Fatal pour nous-mêmes, bien sûr, car celui qui est à terre à l’habitude des regards fuyants. Nous, passant devant la misère humaine, on protège notre conscience.
De la musique, au loin. Une foule, statique, qui regarde un orchestre. Des jeunes d’une vingtaine d’années jouent de la musique dans la rue. On y rit, on y frappe des mains. On y danserait presque.
Je passe à côté du SDF. Il pleure dans ses mains, une cigarette à moitié consumée à côté de lui. La musique résonne de plus en plus fort. On applaudit. Il a les mains prises par ses larmes.
Je voulais me balader en ville, voilà que j’ai la nausée.
*
Toujours étonnantes, les rencontres.
Un jeune, environ 25 ans. Tatoué au cou. Pull extra-serré, moulant. Volubile, il parle, il parle, il parle.
Mais qui l’écoute ? Ses voisins de table ?
Un silence.
Il regarde ses documents qu’il porte pour paraître occupé.
Personne ne relance la conversation. Le silence, puis le départ.
Toujours étonnantes, ces rencontres.
*
C’est l’air du temps, dit-on. On parle sur tout et de rien, du rien surtout et en ne connaissant rien du tout. On babille, on blablate, on exprime, on se fâche, on tape du poing, on fait résonner mais sans grand raisonnement. Ce n’est que du bruit vide. C’est l’air du temps.
