I – Jungle

Dense et touffue
Secrète et recouverte
Cache rampants et grouillants.
Sombre et impénétrable
Verdure protège nature
Ce que nous serions sans ?

Rien.

Voici qu’une fois, je me suis retrouvé
La voyant, elle, là,
Ne sachant que faire.
Devrais-je faire semblant ?
Un voile pour me masquer ?

Elle me regarde. Puis oublie.
C’est le lot des cierges.
Mielleux ou mélique,
Ça colle et ça ruse.
Et quand on s’y perd
On n’y revient pas.

Et mon regard dévie sur sa robe,
Verte et ondulée.
Une étendue de brocolis.

J’aimerais y pénétrer,
Mais je n’en reviendrais pas.

* * *

Que caches-tu, au plus profond de ta densité ?
Au sein de ta verdure ?
Quelles espèces préserves-tu ?
Quelles créatures restent encore sauvées du genre humain ?

L’immensité rend l’imaginaire prolifique.
Celle-ci qui s’est perdue et qui ne vit que pour vivre et,
Celui-là élevé par les lions, par les autres,
Ce qui n’est pas nous.

L’infiniment petit protégé par l’infiniment épais, mais
Machette ! Artefact de la découverte.
De la destruction,
Voilà que ça coupe.

Jungle, Océan, Espace.
Vertige au-dessus des plis de l’infini
Un même terrain du possible
Qui se réduit aux chants du plastique.

Le vaste qui nous renvoie à notre propre
Vacuité.


* * *

La Jungle, ça sent le vert,
Et on y voit l’humidité
Partagée entre les plantes qui
Se condensent au même endroit.

On y entend le bruit d’insectes inconnus,
dont aucune image n’existe.
On entend le ruissellement des pensées
Sur les troncs.

On imagine des bêtes rampantes,
Vivant sans la nécessité de l’homme,
Sans la nécessité du temps,
Sans aucune autre nécessité que la Vie.

L’imagination se crée là où l’être humain est absent.
On aime à croire que peut-être, ici, un homme se serait perdu
Dans les lianes, et y aurait vécu pour vivre,
Il y aurait vécu pour lui-même. Rien d’autre.