II – Temps

Cher Temps, j’aimerais te saisir, t’arrêter, te contempler,
Un instant, comme un tableau.
Te figer, te dessiner, te peindre, t’hypotyposer.

Mais où vas-tu tout le temps ? Où cours-tu ? Où te dérobes-tu ?
Parce que, oui, tu fuis, tu te caches, tu es lâches.
On dit qu’il faut te prendre mais je ne t’ai jamais trouvé.

Un jour on me remerciera: merci d’avoir trouver le temps !
Mais pour l’instant, à cause de toi, je cours, toujours.
Tout le toi, tout le temps, après toi,
Et tant pis, si tantôt dans ma vie je tentais de t’inclure.
Je te déteste tant.

Tu nous pousses vers le trépas et tu réapparais un mince temps,
Lorsque le souffle n’est plus vital, pour nous rappeler à quel point
Tu avais été là, présent, mais qu’à ce moment
De te regarder,
Nous n’avions pas pris le temps.

* * *

Une enfance tiraillée d’insomnies,
Déconstruite, à jamais ravagée
Par l’idée du temps qui a passé et
Jamais ne reviendra sans n’avoir été, jamais.

Temps, pourquoi es-tu si fuyant ?
Pourquoi n’es-tu jamais là ?
Pourquoi le présent ne te sied pas ?
Pourquoi lorsque je pense à toi,
Tu disparais en une pensée, en un mouvement ?

Je t’ai aperçu puis tu t’es enfui,
Comme cela, sans me voir.
Alors je me suis concentré
Sur ma conscience et
A chaque respiration tu réapparaissais.

J’ai remarqué que rien ne tenait,
Tout se liquéfiait,
Tout fuyait,
Tout coulait,
Toujours.

* * *

Je m’enivre. Voilà tout.
Tout ce dont je n’ai jamais rêvé et
Tout ce dont je n’ai jamais été capable.

S’enivrer, c’est rêver, c’est se déconnecter de la réalité.
Eh quoi ! Rêver, ce n’est pas ça ?
N’est-ce pas ne plus ressentir ce qui est là ?
N’est-ce pas disparaître au-delà ?
N’est-ce pas devenir autre chose que ce qui est soi ?

Je m’enivre avec des produits, des pensées et de l’oxygène.
Avec des plans sur une comète,
Avec mes rêves d’ailleurs et d’autrefois,
Avec ce qui n’est pas et ne sera jamais.

Je m’enivre avec tout ce qui me tombe sous ma main.
Ou sous ma tête, ou sous mon pied.
Ou saoul.
Tout ce qui me paraît me faire disparaître, je l’enlace.

Demain n’est pas, hier n’est plus, et aujourd’hui est fuyant,
Captif du liquide fluviale qui ne cesse d’être en mouvement,
Je me regarde passé, assis sur un banc, le long de la berge.

Je flotte, je flotte, je flotte puis,
Aspiré par la source,
je renais de l’embouchure entre le temps et l’espace.